Préface sur l'Ecologie Industrielle

L’objectif ici est de vous fournir un plan des activit√©s que composent l’√©cologie industrielle et de la mani√®re dont ces activit√©s sont li√©es les unes aux autres. Aucun domaine ne fait l’unanimit√© en ce qui concerne les objectifs et les limites. Un domaine aussi nouveau et ambitieux que l’√©cologie industrielle a certainement encore beaucoup de chemin √† parcourir pour parvenir √† un consensus sur ces questions, mais il y a beaucoup de choses qui se rejoignent dans la recherche, l’analyse et la pratique.

Qu'est-ce que l'Ecologie Industrielle ?

Le nom m√™me d’√©cologie industrielle v√©hicule une partie du contenu de ce domaine. L’√©cologie industrielle est industrielle en ce sens qu’elle se concentre sur la conception des produits et les processus de fabrication. Elle consid√®re les entreprises comme des agents d’am√©lioration de l’environnement car elles √©valuent l’expertise technologique qui est essentielle √† la bonne ex√©cution d’une conception de produits et de processus respectueuse de l’environnement (ce qui n’est pas le cas pour un bon nombre d’entreprises aujourd’hui). L’industrie, ayant une grande place professionnelle dans la soci√©t√© et qui produit la plupart des biens et des services, est une cible prioritaire concernant les prochaines transformations √©cologiques obligatoires car elle est une source importante et non exclusive de dommages environnementaux.

 

L’√©cologie industrielle est √©cologique dans au moins deux sens. Comme le soutient la publication de Frosch et Gallopoulos (1989) qui a beaucoup contribu√© √† la fusion de ce domaine, l’√©cologie industrielle s’int√©resse aux √©cosyst√®mes “naturels” non humains comme mod√®les pour l’activit√© industrielle. C’est ce que certains chercheurs ont appel√© “l’analogie biologique” (Wernick et Ausubel 1997 ; Allenby et Cooper 1994). De nombreux √©cosyst√®mes biologiques sont particuli√®rement efficaces pour le recyclage des ressources et sont donc consid√©r√©s comme des exemples de cyclage efficace des mat√©riaux et de l’√©nergie dans l’industrie.

 

L’exemple le plus frappant de r√©utilisation et de recyclage industriels est une zone industrielle de plus en plus c√©l√®bre √† Kalundborg, au Danemark (Eherenfeld et Gertler 1997 ; chapitre 27). Cette zone contient un ensemble d’installations industrielles comprenant une raffinerie de p√©trole, une centrale √©lectrique, une usine de fermentation pharmaceutique et une usine de panneaux muraux. Ces installations √©changent des sous-produits et ce qui serait autrement appel√© des d√©chets. Ce r√©seau d’√©changes a √©t√© baptis√© “symbiose industrielle”, par analogie explicite avec les relations mutuellement b√©n√©fiques que l’on trouve dans la nature et que les biologistes qualifient de symbiotiques.

 

L’√©cologie industrielle place l’activit√© technologique humaine, l’industrie au sens le plus large, dans le contexte des grands √©cosyst√®mes qui la soutiennent. L’examen des sources de ressources utilis√©es de l'”√©cologie” relie l’√©cologie industrielle aux questions de capacit√© de charge et de r√©silience √©cologique, en se demandant si, comment et dans quelle mesure la soci√©t√© technologique perturbe ou sape les √©cosyst√®mes qui fournissent des services essentiels √† l’humanit√©. Plus simplement, les syst√®mes √©conomiques sont consid√©r√©s non pas en isolation de leurs syst√®mes environnants, mais de concert avec eux.

 

Cette description g√©n√©rale du contenu de l’√©cologie industrielle peut √™tre rendue plus concr√®te par l’examen des √©l√©ments fondamentaux ou des points focaux sur le terrain :

 

  • L’analogie biologique
  • L’utilisation des perspectives de syst√®mes
  • Le r√īle du changement technologique
  • Le r√īle des entreprises
  • D√©mat√©rialisation et √©co-efficacit√©
  • Recherche et pratique de pointe

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L'analogie biologique

L’analogie biologique a √©t√© appliqu√©e principalement au niveau des installations, des villes et des r√©gions, en utilisant des notions emprunt√©es √† l’√©cologie des √©cosyst√®mes concernant le flux et surtout le cycle des mat√©riaux, des nutriments et de l’√©nergie dans les √©cosyst√®mes comme mod√®le potentiel pour les relations entre les installations et les entreprises. L’exemple arch√©typal est la symbiose industrielle √† Kalundborg, mais la recherche d’autres arrangements de ce type et, de fa√ßon encore plus √©vidente, l’effort pour √©tablir de tels r√©seaux symbiotiques est embl√©matique de l’√©cologie industrielle, si muscl√©e que beaucoup de personnes n’ayant qu’une vague familiarit√© avec ce domaine ont pens√© √† tort que l’√©cologie industrielle se concentrait uniquement sur les efforts pour √©tablir des parcs √©co-industriels.

 

Cette analogie a √©galement √©t√© pos√©e de mani√®re plus g√©n√©rique, et pas seulement en ce qui concerne les installations g√©ographiquement adjacentes. Graedel et Allenby (1995) ont propos√© une typologie des √©cosyst√®mes variant selon leur degr√© de d√©pendance √† l’√©gard des apports ext√©rieurs (√©nergie et mat√©riaux) et du rejet de d√©chets dans un environnement ext√©rieur. Autrement dit, les √©cosyst√®mes varient en fonction de la lin√©arit√© de leurs flux de ressources.

 

Le cycle efficace des ressources dans un syst√®me biologique est consid√©r√© comme un id√©al pour les syst√®mes industriels √† de nombreuses √©chelles. Ce cadre relie donc l’analogie biologique √† l’accent mis par l’√©cologie industrielle sur l’importance de la fermeture des cycles des mat√©riaux ou de la “fermeture de la boucle”.

 

L’analogie biologique a √©t√© explor√©e d’autres mani√®res. L’analogie √©cologique a, par exemple, √©t√© appliqu√©e aux produits comme source d’inspiration pour la conception (Benyus 1997), comme cadre pour la caract√©risation des relations entre les produits (Levine 1999) et comme mod√®le pour les interactions organisationnelles dans les “r√©seaux alimentaires”¬† et technologiques au niveau sectoriel ou r√©gional.

 

L’analogie avec l’√©cologie est suggestive √† d’autres √©gards. Elle met en √©vidence les concepts de communaut√© et de diversit√© et leur contribution √† la r√©silience et √† la stabilit√© des syst√®mes en tant que propri√©t√©s fondamentales des √©cosyst√®mes. Et en tant que mod√®les possibles d’un type diff√©rent pour l’activit√© industrielle, ces dimensions de l’analogie peuvent indiquer des moyens d’int√©grer plus profond√©ment les aspects organisationnels de la gestion de l’environnement au cŇďur de l’√©cologie industrielle. Cependant, elles n’ont pas √©t√© explor√©es de mani√®re aussi approfondie que l’utilisation de l’√©cologie des √©cosyst√®mes qui met l’accent sur les flux et le cycle des ressources.

 

Il existe des organismes de recherche de longue date qui appliquent les notions √©cologiques directement aux dimensions sociales, par opposition aux dimensions technologiques, de l’activit√© humaine, y compris l’√©cologie organisationnelle, humaine et politique. L’analogie biologique ne se limite pas aux simulations √©cologiques. L’incarnation plus quantitative de l’analogie biologique est la m√©taphore m√©tabolique qui informe l’analyse des flux de mati√®res en faisant une analogie entre les entreprises, les r√©gions, les industries ou les √©conomies et le m√©tabolisme d’un organisme. La question de savoir s’il existe ou non une diff√©rence significative entre les m√©taphores √©cologique et m√©tabolique fait l’objet d’un diff√©rent amical.

ecologie industrielle

Perspective des systèmes

L’√©cologie industrielle souligne le besoin critique d’une perspective syst√©mique dans l’analyse environnementale et la prise de d√©cision. L’objectif est d’√©viter les analyses √©troites et partielles qui peuvent n√©gliger des variables importantes et, surtout, entra√ģner des cons√©quences non voulues. Les orientations syst√©miques se manifestent sous plusieurs formes diff√©rentes :

 

  • Utilisation d’une perspective de cycle de vie
  • Utilisation de l’analyse des flux de mat√©riaux et d’√©nergie
  • Utilisation de la mod√©lisation des syst√®mes
  • Sympathie pour la recherche et l’analyse multidisciplinaires et interdisciplinaires

 

L’effort d’utiliser une perspective de vie, c’est-√†-dire d’examiner les impacts environnementaux des produits, des processus, des installations ou des services depuis l’extraction des ressources jusqu’√† la consommation et enfin la gestion des d√©chets, se refl√®te √† la fois dans l’utilisation de m√©thodes formelles telles que l’analyse du cycle de vie et dans l’attention port√©e aux approches qui impliquent cette perspective du berceau √† la tombe et l’appliquent dans les cadres de gestion et de politique ainsi que dans les contextes de recherche. Ce dernier groupe comprend l’analyse de la cha√ģne de production, la politique int√©gr√©e des produits (PIP, √©galement appel√©e politique environnementale ax√©e sur les produits), l’√©cologisation de la cha√ģne d’approvisionnement et la responsabilit√© √©largie des producteurs.

 

L’analyse du m√©tabolisme industriel ou soci√©tal, c’est-√†-dire le suivi des flux de mati√®res et d’√©nergie √† diverses √©chelles, est √©galement motiv√©e par une orientation syst√®me. Le fait que la recherche en √©cologie industrielle s’appuie sur les bilans de masse, en veillant √† ce que les entr√©es et les sorties des processus s’additionnent conform√©ment √† la premi√®re loi de la thermodynamique, refl√®te ici un effort d’exhaustivit√©.

L'évolution technologique

Le changement technologique est un autre th√®me cl√© de l’√©cologie industrielle. Il s’agit d’une voie √©vidente pour atteindre les objectifs environnementaux en tant qu’objet d’√©tude. En termes simples, beaucoup de personnes dans ce domaine consid√®rent l’innovation technologique comme un moyen essentiel de r√©soudre les probl√®mes environnementaux. Il convient toutefois de noter que si cette impulsion est largement partag√©e au sein du domaine, l’accord sur la mesure dans laquelle ce type d’innovation sera suffisant pour r√©soudre les probl√®mes technologiques reste un sujet de d√©bat anim√©.

 

L’√©coconception est un √©l√©ment manifeste de l’√©cologie industrielle. En int√©grant les consid√©rations environnementales dans la conception des produits et des proc√©d√©s, les √©cologistes industriels cherchent √† √©viter les impacts environnementaux et/ou √† en minimiser le co√Ľt. Il s’agit d’une innovation technologique au niveau micro, refl√©tant l’optimisme technologique et la forte implication des ing√©nieurs universitaires et professionnels.

 

L’√©coconception a souvent une orientation produit, ax√©e sur la r√©duction de l’utilisation de substances dangereuses, la minimisation de la consommation d’√©nergie ou la facilitation de la gestion de la fin de vie par le recyclage et la r√©utilisation. Implicitement, l’√©coconception s’appuie sur la perspective du cycle de vie d√©crite pr√©c√©demment en adoptant une approche “du berceau √† la tombe”. De plus en plus, elle s’efforce √©galement d’adopter une approche syst√©mique, non seulement en tenant compte des impacts tout au long du cycle de vie du produit, mais aussi en employant des mesures globales de l’impact environnemental.

 

L’√©coconception est compl√©t√©e par des recherches qui examinent quand et comment l’innovation technologique √† des fins environnementales a le plus de succ√®s sur le march√©. L’accent mis sur l’√©volution technologique dans ce domaine a √©galement une version macro, en examinant si l’√©volution technologique est bonne pour l’environnement ou quelle quantit√© de changement (d’un type b√©n√©fique) doit √™tre r√©alis√©e pour maintenir la qualit√© de l’environnement. L’√©quation IPAT (Impact = Population X Affluence X Technologie) a fourni une base analytique pour analyser les contributions relatives de la population, de la croissance √©conomique (ou, vu d’une autre mani√®re, de la consommation) et de la technologie sur la qualit√© de l’environnement. L’√©quation fournit une base substantielle pour la discussion des questions de capacit√© de charge implicites dans la d√©finition de l’√©cologie industrielle propos√©e pr√©c√©demment.

ecologie industrielle

R√īle des entreprises

Les entreprises jouent un r√īle particulier dans l’√©cologie industrielle √† deux √©gards. En raison du potentiel d’am√©lioration de l’environnement qui est consid√©r√© comme reposant en grande partie sur l’innovation technologique, les entreprises, en tant que lieu d’expertise technologique, sont un agent important pour la r√©alisation des objectifs environnementaux. En outre, certains membres de la communaut√© de l’√©cologie industrielle consid√®rent que la r√©glementation par injonction et contr√īle est largement inefficace et parfois contre-productive. De mani√®re peut-√™tre plus significative, et conform√©ment √† l’orientation syst√©mique du domaine, l’√©cologie industrielle est consid√©r√©e par beaucoup comme un moyen d’√©chapper √† la base r√©ductionniste des syst√®mes historiques de contr√īle et de commande. Ind√©pendamment de la pr√©misse, un r√īle accru pour les entreprises est un sujet de recherche actif en √©cologie industrielle et une composante n√©cessaire d’un changement vers une approche moins antagoniste, plus coop√©rative et, ce que l’on esp√®re, plus efficace de la politique environnementale.

Dématérialisation et éco-efficacité

La r√©duction de la consommation des ressources et des rejets dans l’environnement se traduit donc par un ensemble de concepts connexes : d√©mat√©rialisation, intensit√© d’utilisation des mat√©riaux, d√©carbonisation et √©co-efficacit√©. La d√©mat√©rialisation fait r√©f√©rence √† la r√©duction de la quantit√© de mat√©riaux utilis√©s pour accomplir une t√Ęche. Elle offre la possibilit√© de d√©coupler l’utilisation des ressources et l’impact environnemental de la croissance √©conomique. La d√©mat√©rialisation est g√©n√©ralement mesur√©e en termes de masse de mat√©riaux par unit√© d’activit√© √©conomique ou par habitant et est g√©n√©ralement √©valu√©e au niveau des secteurs industriels, des √©conomies r√©gionales, nationales ou mondiales.

 

La d√©carbonisation pose la question analogue de la teneur en carbone des combustibles (Nakicenovic 1997). Dans ce domaine, l’enqu√™te consiste √† d√©terminer si de telles r√©ductions ont lieu, si la d√©mat√©rialisation en soi (c’est-√†-dire la r√©duction de la masse) est suffisante pour atteindre les objectifs environnementaux (Reijnders 1997) et quelles strat√©gies seraient les plus efficaces pour obtenir ces r√©sultats. L’intersection entre l’√©tude de la d√©mat√©rialisation, d’une part, et d’autres √©l√©ments de l’√©cologie industrielle tels que le m√©tabolisme industriel et sa d√©pendance √† l’√©gard de l’analyse des flux de mat√©riaux, d’autre part, est claire.

Analyse prospective

Un dernier √©l√©ment de ce domaine m√©rite d’√™tre soulign√©. Une grande partie de la recherche et de la pratique en √Čcologie Elle s’interroge sur la mani√®re dont les choses pourraient √™tre faites diff√©remment pour √©viter la cr√©ation de probl√®mes environnementaux en premier lieu, en √©vitant les pr√©judices irr√©versibles et les dommages co√Ľteux √† r√©parer. L’√©coconception joue donc un r√īle cl√© dans l’accent qu’elle met sur l’anticipation et la conception des dommages environnementaux. Plus subtilement, le domaine se montre peu optimiste quant au potentiel d’une telle analyse d’anticipation en accordant une attention accrue aux effets au niveau du syst√®me, aux possibilit√©s d√©coulant de l’innovation technologique et √† la prise de conscience de la n√©cessit√© de la planifier et de l’analyser, ainsi que de la sienne.

 

Cela ne signifie pas que l’histoire est ignor√©e. Le m√©tabolisme industriel, par exemple, s’int√©resse aux stocks historiques de mat√©riaux et de polluants et au r√īle qu’ils peuvent jouer dans la cr√©ation de flux dans l’environnement. Cependant, l’√©cologie industrielle ne met pas l’accent sur l’assainissement en tant que sujet central comme le fait une grande partie de l’ing√©nierie environnementale conventionnelle.

Assemblage des éléments

Il existe (au moins) deux fa√ßons d’int√©grer ces th√®mes et ces cadres dans un ensemble plus vaste. La premi√®re consiste √† consid√©rer l’√©cologie industrielle comme op√©rant √† diff√©rents niveaux : au niveau de l’entreprise ou du processus unitaire, au niveau interentreprises, du district ou du secteur et enfin au niveau r√©gional, national ou mondial. Bien que le processus de l’entreprise et de l’unit√© soit important, une grande partie de l’√©cologie industrielle se concentre sur le niveau interentreprises et inter installations, en partie, comme d√©crit ci-dessus, parce qu’une perspective syst√©mique met l’accent sur les r√©sultats inattendus et les gains environnementaux possibles, qui doivent √™tre r√©v√©l√©s lorsqu’un champ d’application plus large est utilis√© et parce que la pr√©vention de la pollution, une entreprise connexe, a d√©j√† trait√© efficacement de nombreuses questions importantes au niveau de l’entreprise, de l’installation ou du processus de l’unit√©.

Les éléments de l'écologie industrielle considérés comme opérant à différents niveaux

schema ecologie industrielle

Une autre fa√ßon de relier les √©l√©ments entre eux est de les consid√©rer comme refl√©tant les aspects conceptuels ou th√©oriques de l’√©cologie industrielle, d’une part, et les outils et activit√©s plus concrets et orient√©s vers les applications, d’autre part. Dans ce cadre, de nombreux aspects conceptuels et interdisciplinaires du dossier se trouvent dans la partie gauche de la figure, tandis que les aspects plus pratiques et appliqu√©s apparaissent dans la partie droite.

Les objectifs de l'Ecologie Industrielle

Gr√Ęce √† cet aper√ßu des √©l√©ments de l’√©cologie industrielle, il est possible de se poser des questions plus complexes sur ce domaine. Une s√©rie de questions particuli√®rement notables et √©pineuses tournent autour des objectifs de l’√©cologie industrielle. Il est clair que ce domaine est motiv√© par les pr√©occupations relatives √† l’impact de l’homme sur l’environnement biophysique. En termes simples, l’objectif est d’am√©liorer et de maintenir la qualit√© de l’environnement. Tout aussi clairement, une telle d√©claration d’objectifs ne commence pas √† parler des multiples dimensions de la recherche ou de la pratique dans ce domaine.

L'écologie industrielle conceptualisée en termes d'éléments orientés vers les systèmes et les applications

schema ecologie industrielle

Il existe (au moins) deux fa√ßons d’int√©grer ces th√®mes et ces cadres dans un ensemble plus vaste. La premi√®re consiste √† consid√©rer l’√©cologie industrielle comme op√©rant √† diff√©rents niveaux : au niveau de l’entreprise ou du processus unitaire, au niveau interentreprises, du district ou du secteur et enfin au niveau r√©gional, national ou mondial. Bien que le processus de l’entreprise et de l’unit√© soit important, une grande partie de l’√©cologie industrielle se concentre sur le niveau interentreprises et inter installations, en partie, comme d√©crit ci-dessus, parce qu’une perspective syst√©mique met l’accent sur les r√©sultats inattendus et les gains environnementaux possibles, qui doivent √™tre r√©v√©l√©s lorsqu’un champ d’application plus large est utilis√© et parce que la pr√©vention de la pollution, une entreprise connexe, a d√©j√† trait√© efficacement de nombreuses questions importantes au niveau de l’entreprise, de l’installation ou du processus de l’unit√©.

Réduire ou optimiser l'utilisation des ressources

L’√©cologie industrielle met l’accent sur l’optimisation des flux de ressources l√† o√Ļ d’autres approches de la science, de la gestion et de la politique environnementales soulignent parfois le r√īle du risque. Par exemple, la pr√©vention de la pollution (√©galement connue sous le nom de production plus propre) met l’accent sur la r√©duction des risques, principalement, mais pas exclusivement, des substances toxiques au niveau des installations ou des entreprises. Cette approche repose sur l’argument selon lequel ce n’est que lorsque l’utilisation de ces substances est √©limin√©e ou consid√©rablement r√©duite que les risques pour les √™tres humains et les √©cosyst√®mes peuvent √™tre r√©duits de mani√®re fiable.

 

En revanche, l’√©cologie industrielle adopte un point de vue syst√©mique qui d√©limite g√©n√©ralement l’analyse de mani√®re plus large (autour d’un groupe d’entreprises, de r√©gions, de secteurs, etc.) et s’interroge sur la mani√®re dont l’utilisation des ressources pourrait √™tre optimis√©e, o√Ļ l’utilisation des ressources comprend √† la fois les mat√©riaux et l’√©nergie, ainsi que les √©cosyst√®mes et les cycles biog√©ochimiques qui fournissent des services cruciaux √† l’humanit√©.

 

Concr√®tement, la diff√©rence dans les pratiques r√©elles des entit√©s op√©rationnelles peut ne pas √™tre grande, bien qu’aucun travail empirique minutieux n’ait √©t√© men√© pour documenter la mani√®re dont ces deux cadres ont diff√©r√© dans la prise de d√©cision. Toutefois, une analyse int√©ressante a √©t√© men√©e sur les risques pos√©s par le recyclage des mati√®res dangereuses, en se demandant s’il est effectivement possible de recycler ces substances d’une mani√®re acceptable pour l’environnement.

Analyse positive et normative

Une tension apparente li√©e aux objectifs de l’√©cologie industrielle concerne la question de savoir si le domaine est positif (descriptif) ou normatif (prescriptif). S’il est positif, alors l’√©cologie industrielle cherche √† d√©crire et √† caract√©riser les interactions homme/environnement, mais pas n√©cessairement √† les modifier. D’autre part, si l’√©cologie industrielle est normative, alors un certain degr√© d’am√©lioration humaine ou environnementale est intrins√®que aux objectifs du domaine. Cette tension se refl√®te dans les multiples accords accord√©s aux termes cl√©s du domaine. Par exemple, l’expression “√©cosyst√®me industriel” fait r√©f√©rence aux installations ou aux industries qui interagissent au sens biophysique du terme. Elle est souvent utilis√©e pour d√©signer des districts industriels comme Kalundborg, o√Ļ des r√©sidus sont √©chang√©s entre des entreprises situ√©es √† proximit√©.

 

Si on laisse de c√īt√© un usage particuli√®rement vague qui d√©signe tout groupe d’installations, d’entreprises ou d’industries, la question se pose de savoir si un √©cosyst√®me industriel se r√©f√®re n√©cessairement √† un arrangement souhaitable (lorsque par exemple, les entreprises participantes √©changent largement des r√©sidus et minimisent ainsi les rejets de polluants dans l’environnement) ou √† une description neutre d’un r√©seau d’entreprises qui pourrait constituer une complication de cette tension, on peut se demander si ces diff√©rentes sortes d’enqu√™tes peuvent √™tre interpr√©t√©es comme modulaires.

 

En d’autres termes, peuvent-elles √™tre men√©es ind√©pendamment et fusionn√©es par la suite pour produire des informations fiables ? Ou bien leur s√©paration intellectuelle et organisationnelle signifie-t-elle in√©vitablement que les enqu√™tes modulaires seront appauvries, incapables d’int√©gration, voire fondamentalement trompeuses ? Plus simplement, les questions auxquelles l’√©cologie industrielle cherche √† r√©pondre doivent-elles √™tre poursuivies sur une base interdisciplinaire pour produire des r√©ponses fiables ? En fin de compte, c’est la productivit√© des diff√©rentes approches qui d√©terminera leur adoption, en g√©n√©rant des id√©es conceptuelles et des connaissances pratiques.

 

En tant que nouveau domaine, l’√©cologie industrielle est un ensemble de concepts, d’outils, de m√©taphores et d’applications et d’objectifs exemplaires. Certains aspects du domaine ont des relations bien d√©finies, tandis que d’autres √©l√©ments ne sont que vaguement regroup√©s, reli√©s comme une muscade par l’enthousiasme des promoteurs et par une architecture intellectuelle bien articul√©e. Nous ne consid√©rons pas ce rel√Ęchement comme une faille fatale dans un domaine √©mergent, mais plut√īt comme une opportunit√© de cr√©ativit√© et de discours constructif, et comme un d√©fi.

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